Miss MiscellaneaCorine

Miss MiscellaneaCorine

Nonobstant

 

 

Je suis un homme qu'on ne remarque pas.

Aussi incolore sois-je, quand on me connait, on me trouve sympathique après usage. Je crois ceux qui m'en font part, car je ne sais pas tricher. Qu'est-ce qui les obligerait à rester si volontiers à mes côtés ? Je n'ai aucune fortune.

 

Je suis précis et j'aime que tout soit rangé.

J'aime retrouver ma femme et ma maison en ordre.

Malgré tout, en tant que fidèle époux, le seul diplôme que mon épouse m'ait octroyé après 10 ans de mariage est d'être bardé de défauts.

Nonobstant cette synthèse quelque peu hâtive, mon bon caractère ne me garda pas de penser que ce bilan était mitigé.

 

Je me console, car je ne suis forcément pas le seul. Je suis philosophe. C'est un des privilèges du bistrot, on apprend beaucoup et j'y vais souvent.

Je crois qu'elle ne m'a pas pardonné le voyage de noce dans cette petite campagne française quand elle rêvait d'Italie, ou d'Autriche pour voir Vienne. 

Les femmes ont de grands goûts.

Elle a l'air tendue, ce soir. Alors, malgré son avis raccourci sur moi, j'ai pris ses gants, sorti la plus belle éponge en inox du placard et gratté les plats les plus rudes. Moi-même. J'ai baissé un peu sa radio, la musique me fatigue.

Quand j'ai mis mes mains sur ses poignets, elle a eu un drôle d'air, elle un peu sursauter, mais pas agressive, elle m'a regardé comme si elle attendait quelque chose. 

J'ai beaucoup réfléchi, c'est la nuit et je ne dors pas. Je me demande si elle n'attendait pas que je la fasse danser.

Quelle idée !

Elle m'a souvent reproché de manquer d'imagination. A force, on fait chambre à part.

 

 

Au bistrot, il n'y a presque pas de femmes. Aucun problème.

Mais notre  voisine de palier, par exemple, quand elle me voit, elle a l'air pincé. Son salut de la tête me fait plus penser à une complication arthrosique qu’à un signe de sympathie.

Ma femme s'entend bien avec elle. C'est forcément qu'elles ont des choses à se dire. Elle a peut-être l'Italie qui lui manque aussi. Ou des valses de Vienne.

Pour moi tout ça, c'est démodé. Ou c'est hormonal.

Enfin, bardé de défauts, c'est dur. 'Pensez-pas ?Pied de nez

 

 

                                            Albert Mornenorme

 

 

 


24/09/2019
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Contre la prolifération des cons

 

 

En tant qu'active résistante de la misanthropie qui me menace plusieurs fois l'an, j’affirme que nous sommes des êtres civilement indulgents.

 

Nous avons tous un, ou des cons bien à nous. Nous sommes nous-même hypothétiquement le con de quelqu’un (question de mauvais goût, ou de fautes de jugement, sans lesquels nous nagerions dans un bonheur excessif).Innocent

 

Archaïquement et expérimentalement, nous savons bien que si, tous, nous butions le con qui nous prend le chou, le monde ne serait qu’un cimetière. A ce propos, qui enterrerait le dernier con ? Ou les derniers (on ne peut exclure l'occurrence de tirs simultanés). Qui se chargerait de l'affaire ?

Les derniers cons ne sont pas plus coupables que leurs prédécesseurs, qu'ils soient les nôtres ou ceux des autres. Ce sont juste des retardataires. 

Mais nous n'en sommes pas là (nous verrons ça en fin de billet).

 

 

La dernière marque du genre humain que nous portons (Sapiens, our name is Sapiens, Homo Sapiens, ta da da dam ta dam dam dam ..) semble avoir pour but minimal d'être à sa hauteur : debout, à peu près grégaire, quoique devant compter avec un défaut primitif : la tentation de la querelle sans forcément d'objet. Semblables, mais différents, nous devons faire avec.

L’instinct affûté par notre mémoire et la routine empirique nous informent que si nous sommes présentement affublé d’un con, il y en aura d’autres. En tant qu'individus affables et civilisés, nous laissons notre chou dans sa feuille (un anti-migraineux à notre portée) et le con au chaud dans son intimité, en arrosant nos espoirs qu’un jour viendra où il nous sera infidèle et abandonnera notre chou pour un autre.

Généreux sommes-nous (certains legs se font sans douleur), mais également légers, malavisés parfois. Car c’est un combat aussi pénible que celui de la chasse aux moustiques l'été, mais si notre con existe, tentons de ne pas encourager son épaisse prolifération.  

 

Ne nous voilons pas la face, si les cons étaient déjà suspects de développer leur population, ils semblent le faire de plus en plus vite.

Une question climatique ? Une responsabilité de notre part ?

 

Il est impératif d'arrêter la culture et l'arrosage des cons quand on en voit poindre la tête. Ils sont résistants, leurs pépins sont dur à avaler, ne les laissons pas faire. 

Vous me rétorquerez que le con parle dans sa barbe, qu'on ne le reconnaît pas toujours. Bah, bah, bah. Le con est tout à fait audible dans ces poils imagés. Forcez votre attention (pas trop quand même) afin de lui répondre de façon adaptée et joviale si la force est avec vous. Ne malmenez pas vos résistances, ne les surestimez pas, soyez prudents.

Le con peut être grossier. La grossièreté engendre la grossièreté. Le coup est classique : il articule en vous fixant acrimonieusement, le doigt le plus long doigt de sa main en sus fort impoliment dirigé vers le ciel (impie et inconvenant). Mieux encore s'il se sent protégé par la cuirasse d'une voiture. A défaut de courage, le con sait articuler et appuyer sur la pédale (réflexe naturel : en comptant bien qu'il vérifie son effet dans son rétro - ce qu'il manque rarement de faire - nous lui rendons la pareille. C'est pas beau, mais c'est lui qui a commencé).

 

 

Bilan personnel (il faut savoir s'examiner pour ne pas sombrer) : n'étant pas infailliblement à l’abri de la germination d'une graine, soyons loyaux, quand nous sentons en nous débuter l’infamie d’une pousse, forçons-nous à jeûner quelques heures. Elle s’éteindra.

 

Enfin, tout est possible, si vous tenez impérieusement à pleurer, plutôt que le faire d'énervement, ou du chagrin des calomnies du con, faites poussez des oignons, c'est moins dangereux que d’arroser un con. Déshabillez-les, les oignons seront toujours ravis que vous vous mêliez de leurs affaires.

 

Mais prenons les obstacles un par un, positivement. L'ambition peut se nourrir de la stupide volonté de vaincre l'impossible. La réussite aussi. Après guerroiements sans pitié, ni oignons, la surpopulation des cons une fois tempérée, nous appellerons aux célébrations de cet exploit.

De nos forces libres, nous pourrions peut-être, peut-être, je dis bien peut-être, nous cotiser sans esprit de rancune, afin de faire de la tombe de l'ultime dignitaire d'une race vaincue (endémiquement du moins, on ne peut pas être partout) un monument commémoratif anonyme (après vérification scrupuleuse que les gènes que ses descendants, s'il en a, soient exempts de cette malfaçon) :

« Ici la tombe du con inconnu, dernier combattu ».

Ca a de la gueule. Epargnons ses enfants innocents de la honte, tout en conservant la fierté d'une victoire. 

Sans méconnaître le principe qu'une génération spontanée apparaîtra un jour sans racines, il faudra en attendant en profiter pour chanter. 

 

Halte à la prolifération.

Il fallait en parler, dans les règles de la pudeur et du conformisme que vous ne manquerez pas de goûter, j’espère.

Bon début de septembre.

 

                                                                Corine 

 

 

 

 


03/09/2019
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Des vérités pas forcément toute neuves

 

 

 

Relu, quelques précisions ajoutées (me suis trouvée un peu courte sur les "dérives" ce qui n'éclairait pas le propos)

 

 

 

Les sages qui passent pour des fous, des irresponsables pour des rois, ça n'est pas une nouveauté.

 

 

Si je voulais rire, je re-lancerais à la cantonade : qui a touché au thermostat ?

 

Mais ces étés ne sont pas drôles. L'année-fournaise que fut 2003 a eu la triste utilité, après son massacre, de nous mettre en état de veille et d'action face au danger, de mettre aux normes une solidarité envers les personnes fragiles. Dramatique fut de constater qu'elle n'était pas naturelle pour tous au vu du chiffre des victimes décédées seules comme des chiens qui gênent au moment des départs en vacances. 

 

 

16 ans plus tard, on est arrivé au point où des cinglés climato-sceptiques, le sourire en coin nous expliquent et exploitent des solutions de pansements sur des jambes de bois. Leurs couleuvres ne sont pas comestibles. Pour les avaler, encore faudrait-il que la courbe des températures fléchisse, ce qui n'est pas le cas et ce ne serait pas tout. 

Les inquiets ne sont « qu'une bande d'hystériques ». Mais bien entendu.

 

Je ne suis pas pour des lendemains qui pleurent à 65°C, je ne crois pas qu'il faille trouver normal que l'adaptation humaine, pour la première fois depuis notre apparition, suive la cause de ses dérives.

Animaux domestiques du progrès, nous lui avons été, en tant qu'enfants, puis adultes, dociles, rendus heureux, sans sentir le collier de la laisse. Nous nous sommes arrêté de jouer en riant quand d'autres maîtres ont ôté nos bandeaux. Nous avons, respectueux d'une saine crainte, suivi les leçons de contre-cataclysme universel. Nous avons trié, revu nos consommations, jugé nos habitudes et les avons modifiées. 

Le changement ne souffre plus de réplique, mais les biceps des pouvoirs n'ont pas perdu leurs habitudes de faire ce qui leur sied et trient à leur façon. Empoissés comme tout le monde, différents mais cousins, ils continuent leurs pompes en tirant les rideaux et branchent leur musique.

C'est une image, mais même les meilleurs élèves des cures d'amincissement mangent du chocolat lors de leurs diètes, titillés par l'ange et le démon. (Même la Suède).

 

 

Greta Thunberg, la cellule autonome qui dérange. « I don't care of being popular. I just care about climatic justice » dit-elle et prouve-t-elle.

 

Je ne vois pas cette jeune fille comme « le cyborg du troisième millénaire ».

Une poupée qui parle ?!

Je ne crois pas que c'est de Greta Thunberg dont il faille craindre, qu'elle soit « ce vers quoi Homme va ». Bien au contraire. On peut s'appeler Onfray, être philosophe et proférer de méchantes bêtises pour parler poliement (et encore, j'en ai coupé). J'ai un très grand respect pour elle.

 

« (...) and yet you're stealing their future in front of their very eyes »

 

Les politiques n'ont jamais eu honte de rien, mais il ne faudrait pas que ce sentiment disparaisse. Il pourrait fort être salvateur.



Des consciences s'éveillent, des pouvoirs résistent.

Toutefois, si Sardou tenait ce discours en 1976 (cf. ci-dessous), il ne devait pas être le seul au courant !

Greenpeace, a fermement relevé le niveau dès le début des années 70, mais ne pouvait pas avoir les mains partout.

 

Le sujet du climat est resté trop haut, malgré les bonnes intentions. On ne peut gagner une course que si les concurrents courent moins vite. Les intérêts de ceux qui ne voient

« que le bout de leur temps » donnent des ailes et les moyens de les servir.

 

 

En 2019,

- on réfléchit plus "sérieusement" que jamais, ne soyons pas avares de projets, à émigrer vers Mars d'où on ne verrait plus la Terre, mais où, qu'y a-t-il ? On nous l'a dit il y a quelques années ! Youpi : de l'eau !!! A la bonne heure ! Une planète de rechange ! (où adapter l'Evolution. Il me semble assez clair, depuis mon modeste moi-même, que les volontaires y deviendraient complètement fous avant de s'y reproduire). 

 

- On réfléchit, ne soyons pas mesquins, encore sur Terre dans un avenir proche, à enfermer l'excès de CO2 dans des bâtonnets que l'on enterreraIncertain.

Si c'est le dioxyde de carbone qu'on enterre, tout va bien...

 

 

                                                              Corine

 

 

 

 

Ps : j'aime les hommes qui osent dire ce qu'ils pensent et s'y tiennent. Si je trouve cette chanson (dont j'ai trouvé le lien sur YT, comme souvent par hasard, puis vérifié la date de composition) excellente, j'ai juste une restriction réprobatrice personnelle sur "pédé".

 

 

 

 

Dans la même veine, on se souvient bien de Mickey 3D et de son génial "Respire" plus récent et également limpide.

 

 


26/07/2019
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Lucien-Edouard

 

 

3 jours, des heures au grenier, le vôtre, Mamie et toi, puis celui de votre fils. 3 jours, une rencontre.

Toi, le fameux grand-père... Nous nous sommes vus sans nous connaître, arrêtés dans notre fréquentation à l'âge où ma mémoire n'avait pas la capacité d'enregistrer pour les années qui allaient suivre. Je n'ai aucun souvenir de ton visage devant moi.

"Papy Edouard", arrêté dans une de ses passions : la vie.

 

Tu m'as hantée, non pas obsédée, mais tu prends plus de place avec ces temps de deuil de ton fils, ces mois qui s'égrainent sans que l'on ait le temps de voir les saisons. Et c'est l'été. Depuis quelques années, aucun 30 juin ne m'est indifférent. 

Je n'ai jamais, dans la mienne, de vie, eu à brasser autant de choses, de papiers, d'objets, de dossiers pour un déménagement, tu sais Papy. Je n'ai jamais été celle qui trie de peur qu'on jette trop ce qui n'est pas à moi. Personne de notre famille n'habitera plus ici. 

Je suis soudain le gardien inexpérimenté d'un temple de plusieurs générations.

T'es d'accord ? Classer l'ordre d'importance de ce que l'on jette soi, ça peut encore aller, mais trier ce qui appartenait aux autres... C'est délicat. Ca tombe encore sur moi. Enfin non, c'est pas vrai. J'ai voulu voir et qu'on ne fasse pas n'importe quoi contre lequel on ne pourra (encore) plus jamais revenir en arrière.

 

Je fais connaissance avec toi plus directement par la lecture de lignes de ta main, par le toucher.

Je te redoute et j'ai envie de te rencontrer. J'ai tant entendu parler de toi et chuchoter sur toi plus encore. J'ai écrit quelques lignes que je n'inclus pas ici (on y serait encore dans 2 jours). Une autre raison est que je ne suis pas sûre de tout.

Peu importe, en revanche, si ce que je relate ici est inapproprié à un blog, ne plaît pas, ou trop long. Car c'est un excès de pression que j'essaie de calmer par l'écrit après être passée par la parole et pas trop comprise. Je suis « une grande sentimentale ». C'te bonne blague ! Ben oui et bon ?!

Je savais que tu avais été radio au service national, j'ai vu beaucoup de photos de pays étrangers où on ne va pas vraiment en vacances. Pétard 2 ans obligatoires, le service ! On savait vivre à l'époque. Tu as dû "fulminer" !

 

Je m'en doutais, au poids. De belles épreuves photographiques sur verre, de paysages, de proches et d'amis, vu le nombre. J'espère que tu as tout fait développer. Je les lève devant l'ampoule, un œil plissé. Que ne faisais-tu pas ? Je le savais, mais le savoir théorique enseigne peu en cette matière. Tu es de ceux qui ont profité au maximum de ce que ce changement de siècle offrait à votre faim de connaissances.

 

J'ai trouvé le tout petit calepin de 12 cm de ton service militaire écrit au crayon à papier, de temps en temps à l'encre, d'une minuscule écriture. Je te lis difficilement. L'espacement entre les dates, sur 12 cm, te laisse à peine plus de 5 cm/jour pour noter. Une description ou un roman étaient impossibles ! Une demi-ligne sur ton activité de radio. Tu es très bref, tu ne cherches pas à rajouter de lignes sur le côté comme je l'aurais fait. J'ai assurément tiré mon sens de la concision de toi. :-) 

Tu écris souvent sur la météo, le rythme du temps (lever, coucher), de ce qui se passe bien, de l'importance de la liberté 1 journée entière. Je ne sais pas si tu t'es rendu compte que tu as écrit 2 fois le mot en 2 phrases. "Libre".

Tu notes les jours où tu envoies des lettres, ceux où tu en reçois.

L'heure tardive de ton sommeil excessif, "levé à 9 h", m'a fait rire. Je me souviens de ce qu'on m'a toujours rapporté comme étant un de tes leitmotivs : "l'avenir est à ceux qui se lève tôt" (encore un atavisme !!!). Je sais que tu le tenais en haute estime et en pratique. Une annonce de voiture à vendre sur le journal dans tes années fertiles ne t'avait pas échappé à l'aube ; tu avais remporté l'affaire. Toujours en éveil, en action. La voiture n'est qu'un exemple.

 

J'en reviens au mini-calepin. Je lis tes jours de "tôle" sans regret, certainement dû à ton fort caractère.

Beyrouth est une étape.

Homs et Palmyre une autre.

 

Tiens, il y a celle-là ( de 1922, dis donc !) :

02/04/1922 :

« Aujourd'hui levé très tard : 9 h mais nous ne pouvons pas sortir ma section est de piquet d'incendie cela fait que nous sommes consignés toute la journée. Cela fera 3 dimanche que je ne sors pas. Heureusement qu'il ne fait pas beau. Le temps est triste et couvert on dirait un vieux jour d'hiver de France.

(...)

je profite de cette journée pour écrire chez moi. »

 

 

Je tourne les pages. Je plonge et j'oublie presque où je suis et le mirage de l'espace/temps qui nous sépare. Il va falloir les protéger, certaines sont presque effacées. Je lis malgré tout sur la moins nette qu'il a fait une belle journée.

Je crois savoir que tu préférais penser les verres à moitié pleins qu'à moitié vides. Une belle journée, la peau au soleil, l'horizon sous tes yeux.

 

 

Entre tous ces dossiers, des cartes d'enfance de ton épouse, de votre jeunesse, les lettres aimantes de votre fils, je lis la vie de votre trio quand personne, ni ma mère, ni leur fils, ni moi n'existions. J'ignorais le goût de mon père pour le théâtre ! Pourquoi ne me l'a-t-il pas dit ? Lui qui parlait de mon imagination et savait mon goût pour la comédie ? Je souris de ses observations qu'il vous rapporte. Il était si jeune et fonçait, heureux de tout.

Et puis, qu'est-ce que je croyais ? On ne s'écrit pas à soi ! Je ne vois rien d'autre, de toi, que des notes, des lettres administratives, pas de carte de vacances écrite par toi conservée par quiconque. J'aurai peut-être une belle surprise, mais pour le moment pas.

Sous ces pièces d'histoire familiale, c'était trop beau, je suis tombée sur un grand carton blanc tenu par deux gros élastiques. Je l'ai ouvert. Nous y voilà... j'aperçois des cartes de visite à tranches noires dans une chemise. On était trop heureux avec ton carnet, ces photos et ces lettres. Ca ne pouvait pas durer. C'est plein d'enveloppes vides (?), de lettres fournies, de cartes entassées qui s'épanchent sur ce dernier jour de juin 70. Ton fils a fait pareil. Il est parti le dernier jour d'un mois (en janvier). Mais dans un lit. Pas tellement plus chanceux.

Quelle idée, aussi, de garder ces coupures de journaux sous un trombone les tenant à la chemise ? Et j'ai vu, tétanisée, ce nom, le nom en entier, cette ombre qui fait partie des non-dits les plus graves. J'ai lu ce nom et je n'ai pas tout de suite eu "envie" de crier.

Tu devais bougrement l'apprécier pour l'accompagner alors tu étais enfin libre, sans piquet, fraîchement à la retraite, au soleil, dans ce repos que tu méritais depuis 5 ans. Je lis sur ces coupures de presse une version encore différente.

Diraient-ils n'importe quoi ? Tu l'aurais réellement suivi parce qu'il était intéressé par une pièce ????Surpris Et alors ?

Toi si logique ? Pourquoi juste pour ça ? Aurait-il été aux abois, ou malade, j'aurais compris que tu accoure. Mais non, même pas piqué par une guêpe. Et pourquoi toi, pour le sauver d'un péril imminent ? Non, ça ne tient pas. "Une pièce" et la bonne fortune fait faillite.

Une des coupures est en tout cas du côté de l'entreprise et de l'EDF. Il est affirmé que des plaques de "danger de mort" vous ont avertis comme de vilains galopins que vous auriez été. Admettons, sans avoir pu constater. Mais rouillées, comment y auriez-vous cru dans une usine désaffectée, OUVERTE ? Comment peut-on laisser accessible ce genre d'endroit ?  Les 13 000 volts que tu as reçus sont la donnée objective, médico-légale. Anéanti en moins d'une seconde.

Ta disparation a choqué, coupant même des appétits. Tous étaient encore vivants, de ceux qui vous étaient proches, sympathies, connaissances, anciens ouvriers, anciens collaborateurs, ou collègues. D'innombrables condoléances début juillet, d'autres au retour de congés. C'était du temps où on trouvait du cœur, parmi les gens, pour être malheureux. C'était du temps où l'on prenait ce droit. Il y a toujours de belles personnes, mais depuis la fin du 20ème, Papy, on confond "grâce" aux médias, à la littérature, au cinéma, à l'air du temps l'expression du chagrin avec le pathos. On le voit partout. On s'en défie, on évite de trop en dire, de trop en faire.

Le pathos exagère, ça n'a rien à voir. Il n'est pas honnête ; le chagrin l'est. Ce dernier s'évite comme la peste. On essaie de nous apprendre à le taire, ou le blâmer. Je ne suis pas sauve de futilités (on ne vivrait plus sans elles), je cherche aussi le bonheur et le plaisir, je connais les artifices pour ne pas craquer, mais il y a des limites. Il n'y a que le marbre qui a le devoir de le rester. Personne ne demande d'avoir la douleur pour culture, quelle idiotie ! Juste d'accepter sa place sans se laisser envahir. C'est le plus compliqué, mais je suis fière d'être d'une autre époque. Je lui appartiens. J'aimerais juste être un peu plus douée, malgré tout, pour la canalisation des émotions !

 

Ces caractères sur le papier jaunis auraient pu s'estomper. Il n'en est rien. Ils m'amènent de force à essayer de comprendre. Un de tes cousins averti de ces choses avait mené son enquête. Il était certain de l'issue du procès. Echec. Ca ne t'aurait pas ramené, comme on dit, mais c'est juste dégueulasse. De cette fin, de cette "morale", je suis avertie depuis presque toujours.

Les mises aux normes actuelles ne préviennent pas toujours d'accidents à première vue incompréhensibles...

 

10 - 15 ans avant, j'aurais pu lui demander, à ce Monsieur C, sa version de l'histoire. Qu'il me dise enfin ce que je n'ai jamais osé demander à mon père qui a dû te reconnaitre dans cet état, à ma grand-mère qui fondit de chagrin et changea aussi de nature, voyant le mal partout. Tu es passé devant, dit-on dans ce journal. Tu étais toujours prompt pour tout. Tout faire, tout écouter, tout apprendre, entreprendre. On m'a toujours raconté que tu t'étais ravisé juste avant de partir, alors que tu avais rendu la réponse à cet homme qui la sollicitait (une considération réciproque, on a bien compris et  ça c'est toujours chouette/bath/trop bien).

On m'avait dit que tu avais, par curiosité, ouvert la porte de trop, celle qu'il ne fallait pas. Ce que je lis c'est une action instantanée, pas deux, pas de retour sur tes pas. Alors c'est encore pas ça tout à fait ?

Il a dû disparaître depuis, ce Monsieur Pierre Chaudoit. Je ne pourrai jamais lui demander la vérité. Je ne pense pas qu'il se serait permis de la déformer et je ne crois pas qu'on puisse oublier ça. Je vous en ai voulu un peu, à tous deux (bien moins à toi, évidemment, mais c'est tellement bête, cette imbrication de faits, qu'on s'en mordrait les doigts). « Bah, j'ai tout le temps d'être en vacances, maintenant » lui as-tu peut-être dit ? Tu n'étais pas du genre à te laisser forcer, donc tu l'a suivi, déterminé, volontairement, assurément.

Il aurait aussi pu me dire des choses simples, de quoi vous parliez durant le trajet vers Belin, de ce que tu avais dans l'idée pour ces mois à venir. Nous aurions un jour, chacun à son rythme, chacun à son âge, été en capacité de les recevoir. S'y faire non, car de toute façon, l'histoire est cruelle. Mais ne pas abandonner tes mots de bavard landais, ramasser quelques miettes d'existence.

Non Papy, il n'y a plus eu de temps. Ta chance s'est vengée de sa générosité (Trichloréthylène bu par inadvertance, accidents... cf. "Lui, eux, ces parallèles"). Tu n'avais pourtant pas compté que sur elle, tu avais bossé dur. Elle avait fait semblant d'être une amie.

En regardant ces lettres, je remonte vers l'horreur. J'ai 2 ans + les années que j'ai traversées. Je vois le pas de la longue aiguille pointue des secondes. Je regarde son allure qui se démarque des 59 autres sur 1 minute, pressée de faire le mal. Je me garde d'être lâche, mais il faut quitter des yeux cette vilaine veuve noire, prête à mettre en deuil au hasard où la suit sa courte sœur. C'est lui faire trop d'honneur. Elle sait que sur des cadrans plats, elle change la rondeur de mondes et prévoit, cette morbide, de mettre un homme à terre et de déformer les projets de ceux, autour de lui, qui ne seront jamais indemnes, comme des fourmis désorganisées perdant la tête lorsque meurt leur reine. Un tout petit cousin que je n'ai pas connu non plus a subi le même sort. La longue aiguille est une roulure qui s'organise tous les jours pour frapper des millions de gens.

Et c'est vers elle que se penchent tous les suicidaires avec l'impudence qu'elle a d'exercer une fascination comme les ""grands"" criminels.

 

Ses caprices sont chers et sa violence m'a fait oublier alors que j'écris qu'elle est aussi celle qui cadence les  moments magnifiques.

C'est long tout ça, mais pas autant qu'une vie d'angoisse portée comme la barbe d'un vieillard. J'ai grandi, vécu, beaucoup d'événements n'ont pas été tant ceux d'une fatalité. Je me suis éparpillée, en ai pris plein la gueule, été aimée, détestée, équilibrée paraît-il, je ne grandirai jamais complètement, je m'y refuse.

Le monde adulte est celui du chagrin, c'est ce que j'ai toujours pensé. Mon avis est que la seule panacée est la passion, au pluriel de préférence. Vos marques sont restées sur moi qui n'ai pourtant pas vécu ça et qui ai toujours ri à tel point qu'on ne comprenait pas que je pleure.


Je ne suis pas la seule.

Alors on danse...

 

16 juillet 2019. Tu sais, j'ai regardé votre atelier cet après-midi. Il y a des tiroirs dont je pense que ton fils ne les a plus tirés vers lui depuis 70. Il s'activait encore il y a peu dans ces passages. Il n'a jamais su prendre sa retraite. Il a fait semblant de le faire et encore. Tard. Il a travaillé comme un dingue après toi. Ingénieux aussi, considéré également. Mais il n'a rien trié. Puis tout s'est dégradé comme le fait le temps quand on ne ne touche à rien. Il y a toutes vos archives. Ce qui était beau sans doute est devenu effrayant. Par respect pour le passé, il n'a rien touché, écrasé un peu par vos forces et l'admiration qu'il vous portait. Mais il y a eu la crise, tu sais. Tu travaillais dans une époque prospère. L'atelier ressemble au gâteau de Lady Havisham. Ton petit-fils ne cite que ton nom comme si ton fils n'avait été que virtuel. Le même petit-fils qui t'a pleuré, que tu aurais pu retenir de ses violences qui tuent l'innocence et la douceur que je n'ai pu garder. En quoi étais-je responsable de t'avoir survécu, dès 2 ans ?! Je n'ai jamais eu aucune attirance pour le rôle de victime, encore moins de m'y complaire. Alors j'ai serré les dents, lutté mal et bien. Ton histoire a fait basculer la nôtre, par la faute d'une question apparemment anodine par téléphone. La fatalité est une manipulatrice. Cet homme a été son premier objet. Comment aurait-il su ? Et puis, comment pourrais-je penser qu'il est reparti avec ce qu'il a été le premier à constater, les mains dans les poches. Impossible. Impensable.:-(

 

J'ai commencé à être en alerte très jeune et en colère sans savoir pourquoi ça bouillonnait. Je ne connaissais pas encore ce qu'était le destin. Il manquait quelque chose pour qu'une famille soit unie, accordée. C'était toi la pièce essentielle qui faisait défaut, je ne le savais pas et ignorais la place énorme d'un homme dont je ne me souvenais même plus de la voix. 

Mon autre grand-père m'a épaulée de son équilibre, de sa gentillesse, de son calme. Il n'y a pas eu de translation de caractère :-) mais il en a gardé mon inconditionnalité.

Moi, je pars dans tous les sens, ou bien je contemple. L'inverse de tout ce que tu étais (énergique et posé, on ne m'a pas parlé de tes contemplations :-) ). 

 

 

 

Une moto, un camion. Un grand coffret mural et un cadenas. Il me semblait aussi. Ca se fait, les cadenas, les armures.

J'ai aéré au 1er. J'ai poussé la lourde porte coulissante. J'ai retrouvé des pigeons. Ca ne peut pourtant pas être les mêmes qu'il y a un mois. Ils ont l'air en forme, mais effrayés. Je ne comprends pas pourquoi ils n'ont pas l'air de pouvoir repérer le point par lequel ils sont passés pour entrer. Moi, je ne le vois pas.

Ils ont eu tellement peur qu'il se sont croisés au-dessus de moi, ils doivent être 6 ou 7. J'ai baissé la tête et, rien de très original, pensé instinctivement à Hitchcock. J'aime les oiseaux. Il n'y en a pas 36 000 ! 6 ou 7, c'est modeste.

Je trouve depuis des années que les pigeons faiblissent, la race dégénère, Papy. Ils marchent, volent peu. Ils ne voient pas où est le danger ... Ils comptent sur le ralentissement des roues. Des ailes levées vers le ciel et un corps qu'on ne voit plus, creusé par les pneus démontrent qu'ils finissent par avoir tort.

J'ai ouvert. Ils ont été lents à comprendre, par trouille et par défaut d'orientation. Il se peut que leur yeux se soient trop habitués à l'obscurité, que la lumière les éblouisse. Ils me regardaient de côté comme une ennemie.

Le chemin n'est pas direct. Ils ont volé sur les voitures du garage, j'ai ouvert la grande porte coincée sur la rue en vérifiant que personne ne rentre. Ils étaient libres.

Libres.

Il a fait beau, Papy, un peu trop chaud encore. C'est un beau jour de France.

 

J'ai été un peu longue, je m'en doutais, je n'ai pris personne en traître. C'est parce que je n'ai pas de crayon à papier. "Appi ? bon " (compris ? bon).  Ca n'est pas drôle, mais pour aujourd'hui, je ne suis pas en phase avec l'humour.

J'ai continué à garder dans mon jargon de l'époque, l'écho de quelques-unes de tes expressions, quelques syllabes perçues par mon oreille d'enfant, paraît-il. Paraît-il. Qu'est-ce qu'il faut croire, Papy ?

 

 

A toi, Lucien Edouard Capdepuy de Lévignacq (Landes) et merde à Belin-Beliet :-(

Je le garde, ton calepin. Dessus, il y a une réalité, celle de tes 21 ans, que même le temps n'a pas su nous enlever et que rien n'a déformé. Même sous ce crayon de papier de 1922, je te vois.

 

                                                     Corine

 

 

 

 

 

 


17/07/2019
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Je lève mon jour au ver !

Je commence ce jour et déroge à la dignité des devoirs du silence lors d’une fermeture, mais j’ai été trop frappée par ma très brève, mais intense écoute d’une émission ce 09/07/19 pour n’en rien dire.  

 

Il était question d’un livre sur les vers de terre. J’ignore la date de sa sortie, je l'apprends juste. J’ai failli changer de poste, par répulsion. Bien m’en a pris de n’en rien faire. C’était passionnant, le livre ne peut que l’être.

En cherchant sur le Net, je pense qu’il s’agit d’"Eloge du ver de terre. Notre futur dépend de son avenir", de Christophe Gatineau.

 

Maintenant que j’ai cité le sujet et le nom, rien ne m’empêche de le cuisiner un peu (c’est abstrait. Malgré mon respect pour des cultures différentes, je ne pourrai jamais avaler ce genre d’animal).  

 

 

Peu porté sur le sport, le ver court cependant... un grand danger. Le ver est une des nombreuses espèces du 21ème siècle menacées de disparition par les engrais chimiques et des pesticides, donc par l'homme, une fois de plus.

 

De lui, dépend la qualité des sols qu'il fertilise, aère, déplace. Le ver est donc écologiquement déterminant.

 

Nous nous flattons d'être des êtres secourables, mais nous sommes-nous jamais préoccupés de la vie et de la mort d'un ver de terre ? De sa raison d’être ? De se lever sans patte chaque matin sans queue ni tête ? De sa solitude cachée ? De la limitation de ses ambitions, de son parcours, de ses loisirs ?

Avons-nous jamais étudié, avant d'évacuer dédaigneusement les turricules de ce lombric, ce que représente pour son genre cette planète qu’il fait grouiller de son travail sans compter ses heures ? Sans se plaindre des conditions de travail, à l'ombre dans l’humidité, sous le foin ? Dans le bois ?

Vous en êtes-vous souciés ? Non ? Moi non plus.

Nous avons d'autant moins à nous plaindre de lui que, humble sous nos climats, il est de taille raisonnable.

 

Bien qu'en étant privé, le ver participe aux divertissements. Combien de pêcheurs rentreraient chez eux bredouilles sans l'appât qu'il est ? (cruels et ingrats que nous sommes) 

 

Il est journellement question, à raison, des espèces menacées. Mais qu'en est-il de notre ami ? La biodiversité ne dépend pas de notre sélection.

J’ai entamé mon mea culpa, encore que nous n’ayons pas été mis en contact lui et moi, depuis quelques années. Je n’ai jamais eu un geste de sympathie ni de reconnaissance envers un ver. Je ne les tue pas, je crie et cours, au mieux je les déplace.

Le ver n’est pas aimé.

On peut se prendre à supputer que la seule chance qu'il possède est qu'il ignore ne pas en avoir. Quoique, à bien y réfléchir, ne dis-je pas de bêtise ? Est-il si peu instruit de son infortune ? Car vous ne verrez jamais un ver au casino. Pourquoi ? Après tout ?

Est-il si ignorant que c’est un lieu trop propre, trop passant, pour que son sort n'y soit pas très promptement tranché ?

Si innocent serait-il, pourquoi ne lui prendrait-il pas l’envie, comme ça, un soir sobre ou de cuite, de se dire qu’il est bien peu de chose et qu'il va tenter le tout pour le tout ? Nous, on sait bien qu'il se perdrait dans une roulette, finirait fracassé par un dé, ou sous un pied, ou étranglé par un levier tandis que tourneraient les rouleaux d'une machine à sous.

Voire écrabouillé dans un sandwich où il se serait glissé, gourmand. Mais lui que sent-il dans sa cervelle nerveuse ?

Chaussure, levier ou sandwich, agonisant entre 3 tomates, 1 feuilles de salade, des cris outrés et 2 molaires, le ver n'en serait pas plus susceptible (il est sourd, ça aide). Mais là n'est pas le problème.

 

La vie du ver, à ce propos, ne nécessite aucune prise de précaution. Il se passe de notre communication. Un langage manuel, ou corporel lui serait difficile à comprendre par pénurie de références.

Le ver manque de beaucoup de choses. Son utilité est donc d’autant plus estimable. 

La Nature en bonne reine, a la force de Sa pression. Il sent sans savoir qu'il est vain de changer et c'est balaise pour cause de défaut de matériel : il ne brille pas non plus par ses dons intellectuels.  

 

 

 

Une suggestion :

Ne pourrions-nous pas modérer le nombre croissant de nos incinérations pour le bien de l'Humanité ? Toutes les cendres ne sont pas bénéfiques à la terre loin de là. On fait des urnes actuellement, mais on nous rajoute des graines dessus avec pour projet que se dresse un arbre. C'est de la triche. Reconnaissons-le, on n'est pas terrible là-dessus.

Ne faudrait-il pas un temps pour tout, afin que justice existe ? Il y a bien celui où le ver a droit à la pêche ! N'est-il pas ?!

 

Vantons avec vigueur la valeur du ver et arrêtons de le voir en vaurien, se vautrant en vautour visqueux sans verve, au ventre de vaseline.

Préservons la vocation vitale du ver vendangeur victime de votre virulence.

 

 

 

A la tienne, le ver ! 

 

 

                                                                Corine

 

 

Ps : c'est une provocation gratuite et humoristique (dans l'idée !) : de nombreuses espèces se contentent de la terre et de morceaux de feuilles.

 

 

 


10/07/2019
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Article sans titre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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03/07/2019
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Turbo

 

 

J’aime l’humour noir, mais pas trop grinçant, pas trop forcé, pas trop répété.

Il y a forcément des exceptions qui sautent au-dessus des règles.

J'aime depuis la première écoute. A regarder, c'est pire Rigolant Intelligent, cinglé et quel cran ! (il en faut déjà pour oser déplaire). 

Parvenir à nous faire rire avec ce sujet ...  Impensable, mais Jérémy Ferrari a su le faire. Quel auteur et quel acteur !

Pour être juste et ne pas lui laisser toutes les palmes (et les plumes), Nawell Madani - une de mes comiques préférées - est sur ce thème excellente, bidonnante, aimable cinglante, tout en ne choquant jamais. Et pourtant, elle va loin. C'est un art également, cette poigne de faux velours.

Il peut quelquefois sembler aller un poil trop loin, mais je ne vois pas de légèreté dans ce sketch de Ferrarri. C'est une des perfections de l'arme qu'est l'humour.

On peut viser, lui sait tirer très loin. Le premier degré n'existe pas. Les victimes ne seront jamais ridicules. Rire de bourreaux et d'autres lâchetés, ou de peurs naturelles est un des derniers hommages qu'on peut leur offrir. 

 

 

 

 

                                                             

                                                                     Corine


01/07/2019
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M'énerve !

Définitif, définitivement.

 

 

 

Définitivement contre, 

 

définitivement perdu, 

 

définitivement seul, 

 

définitivement fermé, 

 

des adieux définitifs à la scène,

...

 

 

Un adverbe que je n'aime pas. Très peu usité dans une situation positive, Il gifle, sans autant de raisons qu'il s'en donne, de son air important, ce "définitivement".

Au nom de quoi se permet-il de s'ingérer un peu partout et n'importe comment ? Je l'avale de travers. Je n'aime pas m'étouffer.  

Définitivement, c'est-à-dire pour toujours. Et pourquoi ? Pour faire romanesque ?

Enfile tes crinolines, ou prend ton épée, mon bonhomme. Je t'attends.  

 

 

"Définitivement contre". Est-on sûr de tout savoir ?

"Définitivement perdu". Perdu, perdu ! Mais on peut vous trouver, vous savez ?

"Définitivement seul". Idem. On peut vous écouter, savez-vous ?

"Définitivement fermé". Là, on se sent impuissant. Ca fait froid dans le dos. Ca sent la crise. Si des voix doit devaient s'élever, c'était avant. 

 

- Pour ce qui se rapporte aux adieux à la scène, il est permis aux espoirs de retour de rester fondés. Clin d'œil

 

 

 

En revanche, pour ce qui est proprement immodifiable, le "définitivement" ne la ramène pas et a le toupet d'être porté disparu.

On ne dit pas, en français, de quelqu'un "il est définitivement borné ..." et pourtant il n'y a pas de raisons que ça change. 

On ne dit pas "il est définitivement né". C'est de la mauvaise foi ! 

On ne dit pas d'un fleuve qu'il se jette définitivement dans la mer (il a néanmoins ses petites habitudes.)

Les définitivement acquis, véritablement, n'apparaissent nulle part.

 

Oui, je suis de mauvaise foi aujourd'hui, mais moi, il m'énerve, le définitivement, avec sa tête de défunt aux abonnés présents.

Je lui fais définitivement la tronche. Quoique, ce serait lui faire trop d'honneur. 

 

                                             Corine

 

 

                                           


24/06/2019
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Visages, dessin

 

 

 

 

 

 

Il se peut que quelques secondes soient nécessaires pour que le dessin consente à s'ouvrir. Ne me demandez pas pourquoi ! (un doc. pas vraiment chargé)

 

mes dessins 16.06.19.jpg


16/06/2019
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Du bon côté et si la pierre

Je les avais remisés par devers moi, comme dirait cette chère Thérèse.

Un magnifique poète :

 

 

 

« Là, devant une tombe dans laquelle
va descendre l’autre. Et c’est tristesse
bien sûr, mais jubilation secrète aussi
d’être du bon côté, celui d’une douce
et lisse journée à vivre avec des fruits,
avec des seins, dans une abondance de riens
qui donnent à croire qu’on a bien raison
d’être vivant, une fois encore, un jour de plus.»

 

                André Schmitz

 

 

 

 

 

Note personnelle : bien que n'ayant rien à justifier, je n'ai pas l'expérience de cette "jubilation", mais ces raisons de vivre dans la goutte (pointue) qu'est la vie sont si superbement exprimées. Je confirme mon admiration pleine et entière !

 

**************************

 

 

 

« Si la pierre est le chemin, je veux passage dans la pierre.

J'accomplirai pour la corrompre toutes les tendresses voulues

Je ferai pour l'ouvrir usage des plus étonnantes colères.

Et si la pierre est le passage, je veux long séjour dans la pierre.

J'aurai pour lui fouiller le cœur de très violentes patiences

Et suffisamment de sésames pour en atteindre les extrêmes ».

         

                             André Schmitz (1929-2016)

 

 

 

 

                                                    coeur.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 


31/05/2019
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