Miss MiscellaneaCorine

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Une histoire légendaire, un mime parlant, inoubliables

l'art par Bowie.jpg

 

 

Comment ne pas se sentir indigent pour parler de DB ?

Plus d'hommage avais-je dit, mais un 08 janvier est une exception, comme lui en est une. Quel qu'ait été le contexte, je ne me vois pas avoir un blog et ne rien extraire, ne rien faire un 08/01. 

 

 

 

 

 

 

 

 

Que dire finalement de toutes ces pages écrites avant et depuis, en revanche ? Je n'en ai aucune énergie. J'ai continué, parfois chaque jour. Faire ce que je n'avais jamais fait ne me suffit pas. 

Plus important :

qui ne connaît pas le chef d'oeuvre de David Lynch interprété par le magistral John Hurt ? 

La pièce interprétée par David Bowie à Broadway montre un Joseph Merrick presque enfantin, tout en étant plus affirmé, plus impertinent que le Joseph/John Merrick(*) du film (et le vrai, de ce que l'on peut en savoir, qui s’était raconté sur 2 pages écrites seulement).

Aucun des deux ne me permet de préférer l'autre, chacun étant si touchant...

 

 

 

 

Nous connaissons bien cette histoire universellement grâce à Mr Lynch.

Je crois sans me tromper que "l'empathie" est un des termes souffrant de cette mode des mots que l'on fourre dès qu'on le peut dans une conversation, ou un discours ! Elle me semble pourtant assez exceptionnelle et difficile d'accès pour ne pas être récupérée si légèrement. Enfin, chacun est libre. Ceci dit, 5-6 fois par jour, c'est beaucoup !

Je me permets de penser que ce film peut, quant à lui, se vanter de nous permettre d'accéder à ce que l'on peut accepter comme un "phénomène empathique". Pour de bon !

 

 

 

 

 

 

Je n'avais vu que de très courts extraits de cette pièce (qui date de 1980) avant 2016. Je savais qu'il n'y avait aucun masque. Suggérer la monstruosité est un art monumental.  

Chaque scène est porteuse d'émotion, dont je n'oublie pas de rapporter un ou deux sourires. L'exigence de la concentration est permanente et tout est immense, dans l'élocution, le mime de ces difformités (celui de la déformation dorsale, ou de la main droite ne sont pas des moindres à faire et maintenir), dans la présence, la transmission de tout ce qui était gigantesque chez Joseph Merrick, sa souffrance autant que son courage de vivre ce qui semblait ne frapper que lui, l'aliéner, le refuser de l'inventaire des espèces autorisées à l'existence. 
Raconter ce que l'on sait déjà, mais proposer un regard nouveau. 

Il n'y a plus de rock star, mais un acteur qui incarne radicalement cet exclus magnifique et damné.    

 

 

 

 

 

 

 

 

Si je suis mon premier avis, il n'y a pas tant besoin de traduction, mais peut-être quelques clés pour ne pas balancer tout cela comme ça ?

(tous dialogues confondus) 

La « terre promise », c'est vrai, la maison aussi longtemps que souhaité. 

Mais il s'agirait aussi d'admettre que les règles sont faites pour être heureux, puisqu'elle sont « faites pour notre bien ». Il faut le dire, il faut y croire. 

Il s'agit presque de s'excuser par la légende qui "explique" tout : l'éléphant qui passe et cogne malencontreusement la mère, si belle, alors qu'elle est enceinte. 

Il pourrait  bien y avoir une raison ....
ll s'agit de raconter les premières années pour remplir le dossier, « combler les lacunes », les trous (et au passage, servir la notoriété du bienfaiteur), de décrire les lieux de correction, d'humiliations, l'hospice, ce qui se cite sans pouvoir se partager, ce qui se communique sans jamais tout à fait se faire comprendre.  

Et qu'est-ce qu'on fait des rêves que l'on garde dans la tête, pleine d'eux ? 

 

 

 

Je ne vois aucun moment, aucun regard, aucun mouvement qui n'ait son importance.

Les scènes avec Mrs Kendall sont poignantes. Exception faite des dernières répliques, plutôt drôles, et touchantes entre une personne bien consciente d'être adulée et de quelqu'un qui n'a pas tout à fait les codes. 

 

Dans les yeux de cet "Elephant Man", on voit l’enfant qui n’a jamais appris, jamais été mêlé, jamais corrompu, qui répond à ce qui n’attend pas de réponse, interroge et qui, quoique futé, ne comprend pas la vanité sociale, les ambitions humaines. En l'écoutant, en l'observant, ce sont l’élitisme, l'orgueil, ou le calcul qui se montrent risibles. 

Mrs Kendall, curieuse, un peu gaffeuse, mais en pleine capacité d'écoute et de bonne volonté, réagit à ce dont elle prend conscience d'honorable façon depuis leur présentation. Mais c'en est trop, le Soi délecté de soi reparaît.

(Nul n'est parfait !)

 

 

- Vous êtes une actrice connue

 

- Je ne suis pas inconnue (fausse modestie bienséante)

 

- Vous devez vous montrer pour gagner votre vie comme je le faisais

 

(Rire indulgent, puis gêné)

 

- Ce n’est pas moi Mr Merrick, c'est une illusion. CELA, c'est moi (moi-même, en personne !) 

 

- C’est moi aussi ! 

 

 Sourire  (doublement drôle, on a bien compris) 

  

 

 

Je me souviens des noms que David Bowie citait pour avoir apprécié une collaboration, mais je ne me rappelle que d'une louange courte, franche et nette de Lindsay Kemp, l'homme qui l'initia, en l'accueillant dans sa compagnie en 1967, au mime :

« I owe him a tremendous amount » (« je lui dois énormément »)

Lindsay Kemp exerça son art de mime en ressortant la chanson "Time" (album Aladdin Sane, 1973) dansée et chantée par une jeune artiste à ses côtés, il y a peu. 

Les échanges de ballons Bowie-Kemp furent certainement plutôt mentaux, mais fidèles au point de départ, dirait-on. 

Je ne peux pas m'empêcher de recontextualiser (autant être précis). Kemp a aujourd'hui près de 80 ans. Il a parmi d'autres formé au langage silencieux un des bijoux de la Grande-Bretagne qu'est Kate Bush. 

 

 

 

 

 

Le 08 janvier était un jour gai. C'était un anniversaire et par deux fois la sortie d'un album. 

Le 08 janvier ne peut être qu'un hommage et je ne vois pas comment le rendre, si ce n'est par un choix. 

 

 

 

 

Il n'y aura pas de relève pour "combler les lacunes" cette fois et le vide laissé. Il y aura autre chose, c'est tout. 

 

 

Quant à sa musique, je ne peux pas faire beaucoup mieux que ce que je faisais déjà. 

 

Je n'ai jamais trop supporté de parler du "personnage" que chacun voit à sa façon (nous avons tous notre rencontre), mais j'aime expliquer et démontrer (si, si !) pourquoi il est impossible de ne pas aimer ce qu'il faisait. C'est trop varié, trop plein.

Cette fois, c'est par ce lien que je trouve exceptionnel ("émouvant" est d'ailleurs un peu faible). Quand ne l'a-t-il pas été ? C'est une carrière sans dérogation à l'étonnement, qui a privilégié ceux qui l'ont aimé. Génial (difficile de savoir comment l'on passe d'un "petit bombardier" sur une valse, ou d'un fossoyeur éternueur - titres d'un album que j'aime beaucoup, où l'après-guerre fatiguée, les belles dames et les dragons sont bien rangés - à "The Width Of A Circle". Quoiqu'il y avait bien "We Are Hungry Men". Quoiqu'il y avait bien "In the Heat of the Morning" avant Ziggy. Qu'il ait absorbé, parfaitement assimilé tout ce qu'il a abordé, côtoyé ne fait aucun doute. Il y a eu un déclic). Je ne pense vraiment pas que j'en parlerai souvent sur ce blog.

Un matin de 2016, la radio discute doucement, rien de particulier. Une voix grave semble stridente soudain, elle assène et c'est inacceptable, impossible. Couper le son. Mon bras s'est tendu tout seul. Il est inutile d'essayer de croire que c'est un canular. La voix est trop sûre d'elle, de choquer, de foudroyer un "paquet" de gens. Après de troublantes rumeurs, bien plus vieilles que la raison de cette disparition, un disque, l'apaisement, trois jours avant. Ce 11/01, ce n'est pas le tant redouté « on apprend la disparition de », non - ce qui n'aurait pas changé grand chose - mais directement le prénom, le nom, le verbe, l'adjectif. C'est la voix qui sait qu'elle a un pouvoir. Qu'elle a. 

 

 

Des heures plus tard, la musique à fond, une voix revenante, émergée, claire et forte, d'on ne sait quelle casse, depuis tout ce temps que je ne l'utilisais plus - tellement à regret - que pour parler. Elle reprit ses accidents sitôt après. Je l'évitais. Après tout... (les esgourdes se firent l'affront de se faire discrètes sur leurs protestations, sachant sans doute que je n'écouterais pas leur chantage, pas 1 seconde cette fois). 

Je n'oublierai jamais ce jour qui n'a pas besoin de mémoire. Plus épais, tassé, tout a rétréci. L'enfance et la jeunesse sont parti mourir. Quelques graines ont survécu, je ne sais pas trop comment. 

 

Ce qui a été fait de son côté était ce qu'il y avait de plus sage, intelligent : partager le départ avec ceux qui comptent, à l'écart des remous, laisser le temps au lendemain, "passer", avant l'onde de choc et nos pleurs d'inconnus planétaires qui n'en finissent pas. Il nous avait laissé le reste et quelques codes, cachant le bout de ses forces, brillant et libre. 

 

 

 

 

Vu de l'extérieur, c'est incompréhensible. Je n'aime pas du tout le terme de "fan", d'abord parce que je déteste tout fanatisme et parce que personne ne me jetterait dans un puits sur simple demande, par admiration, ou ne me boucherait les yeux. Il y a beaucoup de choses que je ne partage pas à son sujet et beaucoup que je n'aime pas partager.

Certaines personnes raniment, ouvrent sur une autre vie. Parmi elles, il y a celles qui n'ont rien fait pour, qui ont juste été elles-mêmes, à part, au croisement opportun. C'est ça. La lumière recouvre une couleur.

Ce peut être en écoutant sans voir, puis en se retournant un soir - médusée par ce qui a franchi le pavillon auriculaireSourire et ébranle inexplicablement - sur un clown blanc.

 

Avant c'était avant, toute petite, je l'entendais quotidiennement, mais ne l'avais pas choisi. S'il éveillait ma curiosité, c'était sur le motif de ces cris désespérés précédant une chanson plus douce du 33 tours ("Soul Love"). Ca avait l'air pas mal pessimiste aussi. 

En France, on avait des chanteurs à chemises et jabots, plus de refrains que de couplets, me semblait-il. Rien de faramineux (+ de phares à minettes), ni d'alarmant (j'aurais été bluffée par les performances vocales de notre Hollandais national, mais c'était pour juste après et Michel Berger, bien que célèbre, m'était encore inconnu).

Je m'étonnais d'un certain émoi que me causait l'écoute des déchirements de cet inconnu dont la langue ne me fournissait que des questions sur sa colère et ma frustration de ne faire qu'entendre sans les intégrer des mots dont la forme parlée semblait si belle. Je ne comprenais pas qu'« il nous restait seulement 5 ans ». Je le regardai sur la pochette qui ne m'appartenait pas. Je la tournai. Je ne me doutais pas, le jour où j'ai vu cet homme accoudé à un téléphone enfermé dans une cabine d'où il ne semblait pas prisonnier, qui nous regardait sans sourire, insolent sur ce "dessin de photo" (disais-je), qu'il se graverait ainsi. Et pourquoi il nous regardait comme ça avec son air de tout savoir, ses cheveux jaunes, son bracelet et son habit bizarre ? Je ne me posais pas énormément de questions à l'époque, mais irrécusablement, il pouvait soulever la curiosité la plus dormante. N'ayant de ma courte mémoire jamais vu de chanteur sérieux, je pensais dans ma tête de mioche qu'il ne savait pas faire autrement. Curieux. Où le placer ? Son nom, pourtant phonétiquement si simple, me fut compliqué à retenir (alors qu'Ivan Rebroff ne me posait aucun problème mnésique, allez comprendre). On eut dit que mon cerveau en l'état d'alors n'y tenait pas. Rien d'extraordinaire, l'esprit peut fauter par paresse vers une pitoyable routine. Enfant, c'est encore excusable. 

Chaque souvenir marquant ne m'est pourtant qu'à un pouce du présent. 

 

 

 

Des années plus tard, dès le clown et un ébahissement, je me souvins de l'homme-mystère de la cabine, remontai aux sources, puis suivis le cours. Une première colonne de substitution, un socle. L'art est un soutien, la folie contre la folie. Je savais que ça ne s'arrêterait jamais. S'il y eu bien d'autres éclaircissements sur le long terme, je me rappelle les premiers révélateurs, trop insondables pour avoir la place de revenir à la surface de quelques paragraphes. J'appris à regarder plus large, à écouter, à peu à peu aimer découvrir, comprendre ce que je ne cherchais pas, avertie que je ne saurais jamais tout (!), à écarter ce qui est attendu, trouver ce qui pouvait avoir un sens sans une naïveté déjà perdue, accepter d'être déconcertée, ne pas tout approuver de qui l'on admire. Ne pas tout gober de ce qui fascine, non, mais savoir, après l'accroche, pourquoi ce que l'on aime ne rimera jamais avec l'éphémère. S'il y a du fanatisme, c'est plutôt celui du sacré, de ce qui a tant compté et comptera toujours autant, avec sa part occulte, que je ne saurai jamais tout à fait communiquer et d'ailleurs pourquoi ? De cette sorte, il n'y a personne d'autre. 

 

 

 

 

 

« J'ai le regret de ne plus partager le même temps ». J'adressais celui-ci à un autre monsieur que j'estimais beaucoup (ce qui reste inchangé).

J'y pensais, 2 secondes... Cette phrase ne devant servir qu'une fois, cela n'arriverait pas, je ne verrais jamais cela. 

 

Je ne suis pas une sorcière et rien ne fut déjoué, ni par cette sincérité, ni par cette ambitieuse superstition et son rejet.  

  

 

 

Alors après, c'est vrai que, si ce n'est pour de très proches (évidemment), pour des gens que l'on aime, ou que l'on a aimés, on est anesthésié. Les gens de l'affiche se décollent tristement, mais très loin. C'est comme ça. Ca n'était pas prévu. 

 

 

 

 

David Bowie, depuis son "adoption",  m'a aussi toujours fait rire, énormément, d'un rire ouvert et il parvient encore à cet exploit. Il suffit de l'écouter parler (je n'ai jamais vu, lu, ou entendu une interview dépourvue d'humour) et le 10 janvier 2016 n'existe plus pendant quelques minutes. Il n'y a plus que le 08 janvier, la vie, sur cette planète, de celui qui n'était pas un dieu, mais qui est unique, à jamais.

 

Il n'y a aucun au revoir. 

 

 

 

God bless, "Uncle" Dave.

 

 

                                                       

                                                                                      Corine 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 DB Gouster pour blog.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

(*) Joseph Merrick (nom officiel) fut appelé John, car c'était le prénom qu'utilisait le Dr Treeves qui continua à l'appeler ainsi dans ses écrits. 

 

 



08/01/2018
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